Qu'est ce que l'enluminure ?

Vous avez dit "enluminure" ?

L'Enluminure est un art graphique qui consiste à illustrer un texte, à le mettre en valeur, et souvent à l'expliquer, voire à y ajouter des éléments. Le texte est ainsi "éclairé" par l'illustration. Le mot "enluminure" vient d'ailleurs du latin "illuminare", qui signifie illuminer.

En général, la symbolique prime sur le réalisme. L'essentiel n'est pas le réalisme de l'illustration, mais l'éclairage spirituel apporté par la mise en page, les couleurs et les formes représentées.

Aujourd'hui, les enluminures se présentent sous forme de petits tableaux encadrés.

 

Les matériaux

Au Moyen-âge, l'enlumineur utilisait du parchemin de veau (vélin, le plus cher), de mouton ou de chèvre, en fonction des troupeaux de sa région et de la richesse du commanditaire. Ainsi, les manuscrits éthiopiens sont souvent en chèvre ou en antilope !

La palette de l'enlumineur médiéval était très restreinte : souvent moins de 10 couleurs. Les pigments provenaient de minéraux (cinabre, orpiment, lapis-lazuli), de végétaux (vert d'iris, pastel, garance), de terres (ocres et oxydes) ou d'animaux (khermès, noir d'ivoire, pourpre).
Ces pigments étaient préparés à la détrempe, qui pouvait être composée de blanc d'oeuf (appelé aussi clair ou glaire), de miel, de colle de poisson, de gomme d'arbres fruitiers, de clou de girofle, etc.
A la fin du Moyen-âge, certains artistes développent une technique proche de l'aquarelle pour les manuscrits sur papier.

L'or et l'argent sont posés en feuilles sur une assiette collante (blanc d'oeuf battu, jus d'ail, colle de poisson, gesso). Par soucis d'économie, le peintre utilise aussi des peintures dorées ou argentées comme substitut. Les traits fins et les petits détails sont peints avec de l'or en coquille (chutes de feuilles d'or finement broyées et mélangées à une substance collante).



Aujourd'hui, l'enlumineur utilise toujours ces techniques médiévales.


Le parchemin est toujours fourni par des parcheminiers (qui sont souvent aussi des tanneurs).
Grâce aux réseaux de communication, la palette de couleurs est bien plus étendue qu'au Moyen-âge. On peut facilement commander des pigments venant de Chine (cinabre), du Mexique (cochenille, cousine du khermès) ou de l'Afghanistan (lapis-lazuli) par internet !
Certains pigments ont été déclarés toxiques par les chimistes du XIXème siècle, comme le cinabre, l'orpiment ou la céruse. De ce fait, ils sont aujourd'hui souvent remplacés par des substituts. (En ce qui me concerne, j'utilise les pigments toxiques sur demande).
Pour rendre l'enluminure accessible à un plus large public, les œuvres peuvent aussi être peintes sur papier, avec la même technique de détrempe.

Petit cours d'Histoire

L'invention de l'enluminure et de la calligraphie occidentales est indubitablement liée à l'essor du christianisme. En effet, le christianisme étant une des trois "Religions du Livre", il se devait de mettre en valeur son livre de référence : la Bible, qui contient la Parole de Dieu.

C'est au Vème siècle que l'enluminure apparaît, suite au remplacement presque total du papyrus par le parchemin comme support d'écriture.

Les ouvrages illustrés sont pour la plupart des livres religieux : Bibles, psautiers, Evangéliaires, écrits patristiques, etc. On trouve aussi, en plus petit nombre: des ouvrages d'auteurs de l'Antiquité, des livres de médecine, de géographie, d'astronomie, des romans de chevalerie, etc. Jusqu'au XIIIème siècle, les lieux de production (scriptoria) sont situés dans les monastères. Les copistes et les enlumineurs sont d'abord des moines, et travaillent donc pour la gloire de Dieu. Les commanditaires sont des rois, des princes ou des ecclésiastiques.

A partir du XIIIème siècle, le livre se répand dans des milieux plus populaires. Des bourgeois et de riches marchands peuvent désormais se constituer une petite bibliothèque personnelle. On trouve de plus en plus de livres non-religieux : romans (de la Rose, de Renart), livres de poèmes (codex Manesse), de chasse, de science, etc. Des "pecia", extraits de textes destinés à l'étude, sont vendus ou loués à des étudiants. Les enluminures sont désormais réalisées dans des ateliers d'enlumineurs laïcs. C'est également à cette époque que l'utilisation du papier devient courante.

Au XVIème siècle, l'imprimerie supplante définitivement la production du livre "fait-main".

 

Le métier d'enlumineur

Au Moyen-âge, différentes personnes intervenaient lors de la création d'un livre : la personne chargée de la mise en page, une autre pour les réglures (pour positionner la calligraphie), le calligraphe, le dessinateur, l'enlumineur, le relieur. L'enlumineur n'était donc souvent qu'un coloriste.

Aujourd'hui, bien sûr, le travail de l'enlumineur ne se limite pas à la pose des couleurs ! Il décide de la mise en page, calligraphie le texte, crée les dessins, les met en couleurs.

Par la copie, l’enlumineur conserve la mémoire du passé (scènes de la vie quotidienne, vie dans les monastères…), il y perfectionne son savoir et retrouve les gestes et techniques d’autrefois.

Les enlumineurs réalisent également leurs propres créations et présentent leur travail au travers d’expositions. Des particuliers passent commande pour la réalisation d'œuvres à offrir, de cartes de vœux, d'armoiries, de diplômes, d’affiches…

Comme autrefois, l’enluminure est un art qui s’exerce dans la durée et qui demande une précision infinie. Il faut parfois plus de cent heures à l’enlumineur pour réaliser une œuvre !

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